L’éducation nationale va trop loin

TRIBUNE publiée dans www.libertepolitique.com | L’Académie de Nantes a retiré de son site Internet une fiche pédagogique relative au livre “Que font les petits garçons ?” (Seuil Jeunesse). Le livre y est présenté comme un « livre qui dérange », aux « sujets tabous » comme la sexualité et la mort. Les pédagogues y recommandaient de ne pas rapporter l’ouvrage à la maison pour ne pas « compromettre l’exploitation » du livre par les « réactions très négatives » de certains parents.

VOICI LA COULEUR, le goût et l’odeur de la sournoiserie et d’une fâcheuse intrusion de l’Éducation nationale dans la sphère de l’intime. La présentation de la fiche et (indirectement) la fiche elle-même auraient dû se trouver en illustration de cette note [1], mais il a été opportunément décidé de « l’archiver » (ie d’en supprimer l’accès) ce 16 septembre 2014. Soupçonner qu’une telle décision ait été prise face aux divers bruissements agitant la twittosphère relèverait du pur procès d’intention. Par chance, j’en avais gardé des copies au format pdf que je suis heureux de partager ici (cf. infra).

Je ne suis qu’un ancien élève et un père de famille qui ne connaît sans doute rien à l’école d’aujourd’hui : j’ai parfois été dépassé par le langage des professeurs lorsque je les ai rencontrés à propos de mes enfants, hésitant entre l’admiration sans bornes pour une pédagogie si moderne et si renouvelée et, je l’avoue, parfois la tentation d’un jugement à l’emporte-pièce : bande de cuistres ! C’est dire si je n’ai aucune légitimité pour vous proposer cette tribune. Mais voici mes constats et ce qu’ils m’inspirent :

1er constat : l’intime

La volonté de l’Education nationale (ou d’une de ses académies) de se substituer à la famille pour ce qui relève de la prise de conscience de la sexualité par des enfants de CE2 à CM2 est mise en évidence. Ainsi est franchi le Rubicon entre l’instruction où devraient se cantonner les enseignants et ce qui relève de la responsabilité éducative des parents.

Peut me chaut que mes éventuels détracteurs me serinent que le ministère de l’Éducation nationale a remplacé celui de l’instruction publique, je maintiens que c’est une erreur, entre autre pour ce genre d’intrusion.

2e constat : la date

Je ne le découvre qu’aujourd’hui grâce à twitter, mais ce document est déjà ancien : il est daté de juin 2004, bientôt dix ans. Le ver est dans le fruit depuis longtemps, et ce serait faire preuve d’une cécité sélective que de ne blâmer qu’une seule des couleurs de l’échiquier politique ayant eu accès aux commandes ces deux dernières générations.

Si l’autre couleur n’y était pas favorable, elle ne s’est pas opposée à ce genre de tentative hégémonique sur l’esprit des gamins. Faut-il y voir une démission récurrente du politique face au prétendu pachyderme préhistorique ?

3e constat : la sournoiserie

Je cite in extenso ces deux phrases qui figurent sur la présentation et sur la fiche pédagogique elle-même :

« 

« Il est impératif que la phase de découverte ait lieu en classe et que les albums ne soient pas empruntés pour être emmenés à la maison. Les réactions très négatives de certains adultes à l’égard du livre pourraient compromettre son exploitation. »

« 

C’est ni plus ni moins qu’un aveu de tromperie délibérée, une sidérante sournoiserie qui s’affiche sans aucune vergogne.

Si je récapitule correctement, l’Éducation nationale qui veut de plus en plus s’immiscer dans l’éducation des enfants et reléguer le rôle de la famille à la portion congrue est capable d’une dissimulation profondément immorale pour cacher aux parents qu’elle vole ou tente de voler un pan essentiel de leurs responsabilités éducatives, voire de violer les consciences de nos têtes blondes ou brunes ou rousses.

Jules Ferry, auteur de cette Lettre aux instituteurs (cf. infra) qu’il est si salutaire de lire lors des veillées, reviens et aide-nous à leur passer une camisole : ils sont devenus fous au point d’en être pervers !